Mercredi 28 février 2001, méditant sur leur expérience à Pétra tou Romiou Simon et Mickaël quittent Chypre et gagnent l'Angleterre en avion. L'étrange pouvoir de "Contrebande" de la Voie des Formes de Simon permet à l'Epée de Feu agonisante de traverser l'Europe à leurs côtés sans être détectée. Personne ne semble voir rien à redire à ce vaste sac que les deux Trinités traînent avec elles. Ils arrivent à Londres et font route vers Glastonbury alors que le Royaume Uni s'éveille sous le choc de la catastrophe ferroviaire de Selby.

Cette halte est une révélation pour Simon qui découvre la Table Ronde, fragment d'Arbre-Fondation utilisé par les suivants d'Arthur dans leur combat pour la lumière. Cache secrète, objet magique, point de ralliement, symbole de l'union dans le combat, la Table Ronde dont les treize logements invitent le souvenir des épées qui y étaient déposées. C'est Camelot et la Table Ronde qui ont réuni les Trinités après leur rencontre avec leur Epée de Feu, c'est le souvenir d'Arthur et de la bataille de Camlann qui les a soudées dans la bataille qui s'annonçait.

Glastonbury Abbey

Glastonbury Tor

Simon découvre ainsi, guidé par Mickaël, un lieu sacré de l'équipe et par extension de la guerre livrée contre les Ténèbres. En ces lieux, il demande du temps car il s'aventure enfin sur la deuxième marche de la Voie des Formes, la compréhension de la Trame Authentique. Plongé dans la contemplation de la Table, se livrant à son étrange processus d'Analyse, il est frappé par la pureté des Schémas de la Vierge qui la composent et la définissent. Il s'harmonise avec l'endroit et inscrit en son être son puissant enseignement. Il décide d'en faire sa première Fondation, une étape sacrée de son chemin sur la Voie des Formes. La Table Ronde de Glastonbury devient pour lui un refuge dans le refuge, un atelier privilégié, un témoignage vibrant de l'élément Epinoia.

Pendant ce temps, Philibert et Iften sont sur le Saint Michael's Mount. James Saint-Aubyn leur a offert l'accès au jardin où est conservé le bâton de pouvoir de Merlin. Il ne fait plus de doute que cet artefact fut employé par Merlin pour ouvrir les flots du lac où la Dame lui confia Excalibur, la Lame-Mère seule capable de sauver Izrâ'il des blessures mortelles de Malak'an. Philibert médite toute la nuit en présence de cet objet mythique tandis qu'Iften se consacre avec James à trouver les moyens de conduire la quête à son terme : trouver le lac de la Dame où Excalibur peut être obtenue, sur fond de cigares, d'Old Pulteney et d'abondance de café. Il explique que le bâton a sans doute été retrouvé par les premiers abbés du monastère au XIIIème siècle qui se sont transmis ce qu'ils prenaient pour une relique sacrée. Le bâton fut perdu puis retrouvé par la famille Saint-Aubyn au XVIIème siècle qui remarqua ses propriétés étranges et finit, à force de recherches, à en identifier l'histoire putative. James et sa famille n'ont jamais cherché à aller réellement plus loin que la préservation de cet héritage, ne se plongeant pas dans la quête de Camelot ou d'Excalibur. Le bâton de Merlin est en soi un souvenir suffisant d'une époque mythique et le secret des Saint-Aubyn, leur luxuriant labyrinthe végétal, doit être protégé. Pourtant, les Trinités révélées à lui le convainquent que le bâton est une étape dans la réalisation d'un plan supérieur et il accepte de le leur confier un temps. Car Iften est clair : c'est Excalibur qu'ils recherchent, et donc le lac où la Dame est apparue.

Saint Michael's Mount
Accès à pied
Le château

James Saint-Aubyn, sans être un authentique investigateur de l'occulte, est renseigné sur les mythes arthuriens et sa bibliothèque est bien fournie. La manipulation de Merlin murmurant à son bâton et provoquant l'apparition de la Dame est un classique. Reste à savoir où cette scène a eu lieu. Après une première tentative infructueuse à Dozmary Pool, Iften et Philibert rejoints par Mickaël font route vers le Loe Pool, non loin de Saint Michael's Mount.

Le lac est une étendue d'eau paisible entre prairies, bois et mer, séparée de la Manche par un cordon sableux rappelant qu'il s'agissait autrefois de l'estuaire d'une rivière. Arriver au Loe Pool alors que la nuit tombe touche à la rêverie solitaire et les Trinités sont accueillies par le chuchotement du vent salé et le reflet éclatant d'une lune pourtant dissimulée derrière les nuages. A la lisière des perceptions normales et de la Clairvoyance, la surface du Loe Pool brille de millions d'étoiles qui semblent y danser et se mêler au nimbe lumineux exhalé par les profondeurs. La brume pâle qui lèche les rives où les Trinités se sont respectueusement arrêtées pulse de Lumière. Iften, Philibert et Mikaël s'avancent dans l'eau glacée, Izrâ'il dans leur sillage en un geste sacré de baptême et de communion. Ils convoquent ici et maintenant avec humilité Elohim-Epinoia, déesse maternelle, source de leurs maux et de leurs joies. Le bâton de Merlin est brandi, les mots sont prononcés.

Loe Pool

Et les vapeurs fantomatiques qui étreignent les Trinités répondent à cet appel, caressant et roulant comme un orage silencieux. Des profondeurs obscures du lac, une lueur naît et crève la peau spéculaire du lac pour laisser paraître l'impossible. Saisies dans leur Cosme, inondées de Lumière, les Trinités perçoivent l'ampleur du choc karmique occasionné par cette théophanie et s'inclinent devant l'Elohim. Immense silhouette parcourue de reflets et de frissons aquatiques qui auréole comme un millier d'étendards un corps de marbre drapé d'eau et d'écume, Epinoia glisse au plus près des Trinités recueillies. Elle tient devant elle une épée si simple et si parfaite que toutes les Lames-Sœurs frémissent dans les mains et les Cosmes en reconnaissant la matrice dont elles sont issues. Cet instant de totale connexion avec le passé et sa réalité foncière est un bouleversement douloureux. Mais une Epée de Feu se meurt.

Pour Izrâ'il, Excalibur est sollicitée et Mickaël s'en saisit, fasciné, avant de se tourner vers son mentor mourant. Il désigne de la pointe la plaie souillée de noirceur et y engage le métal brûlant de lumière. Philibert d'Aujas est en prière, Iften évalue la situation. Elle est indéniablement unique. Et Arthur. Arthur est transfiguré, arraché à sa retraite du Jardin de Prague car il a été décidé que cette quête était aussi la sienne, qu'Excalibur pouvait le guérir, qu'il était temps de ne plus se terrer dans la peur en attendant que la lame de Mordred vienne lui trancher la gorge. Arthur vit, comme jamais depuis 1500 ans.

 Soudain, la réalité de chair et d'acier se referme sur la scène et l'enfer s'abat sur le Loe Pool. La petite plage de galets est prise en tenaille par deux factions. D'un côté, des soldats suréquipés appuyés par des combattants d'élite armés chacun de deux lames céramiques et propulsés par des unités de saut. De l'autre, douze guerriers en livrée sombre faisant voler leurs épées de métal graisseux aux ordres d'une forme de pure obscurité. Les jeux sont faits. La collision qui devait se produire advient et les Trinités occupées à sauver la vie de leur Epée de Feu sont l'objet de toutes les convoitises du ténébreux Mordred et des techno-activistes du Cercle de Vienne.

Guerrier d'élite du Cercle de Vienne

Les balles à haute vélocité fusent, le vrombissement des turbines Null-entropiques emplit l'air, le métal hurle et le sang coule. La priorité des Trinités est de permettre à la Lame-mère de sauver Izrâ'il mais il apparaît rapidement que la puissance de feu des commandos du Cercle se heurte au nombre des chevaliers noirs et surtout aux pouvoirs de Mordred qui bondit de cible en cible, broyant les os, vidant les esprits. Les Trinités s'engouffrent dans le combat et Philibert arrache de la Table Ronde un Simon en plein travail qui découvre brutalement, de l'eau jusqu'aux genoux, une scène de guerre dominée par la figure impassible d'Epinoia contemplant les hommes débattre de leurs choix. A son tour, il se rue dans la mêlée, refermant son poing sur l'air pour saisir sa Lame-Sœur. Arthur obtient un pistolet de Philibert. Quelque chose a changé, il reprend pied, comme s'il saisissait les enjeux et comprenait que c'est la bataille de Camlann qui à nouveau se joue ce soir. Mordred est partout, encaisse, rend, disparaît, égorge. Ses chevaliers tombent les uns après les autres, fauchés par les balles consacrées par les techniques de la Voie des Formes mais il se rapproche d'Izrâ'il et d'Excalibur. Les cadavres jonchent la berge, rougissent l'eau du lac, les blessés grognent, foudroyés, perforés, criblés.

Chacun s'affaire à repousser l'inéluctable et les Trinités optent pour le moindre mal en décidant une alliance avec le Cercle de Vienne en pleine bataille. Malgré les cris et la fureur, les survivants du Cercle comprennent et obtempèrent, concentrant leur feu sur Mordred. L'Archonte est frappé, ses hommes balayés, mais il danse dans les flots. Pas assez de temps, pas assez de moyens pour le neutraliser dans les quelques secondes dont il a besoin pour fondre sur la Lame-mère. Même Mickaël, son plus farouche adversaire n'est pas certain de ne pouvoir être débordé par la créature de Ténèbres.

Une main ferme saisit le bras de Philibert d'Aujas. Arthur. Son visage est clair et déterminé. Le temps se suspend un instant. Philibert/Lancelot, Arthur, Excalibur, Mordred, la Dame du Lac, les chevaliers, une bataille dans l'humide obscurité d'Angleterre. Une histoire aux airs connus, avec les mêmes accents désespérés.

"Je te pardonne".

Arthur brandit son arme et se loge une balle dans la tête.

Lancelot hurle. Mordred qui fondait sur Excalibur a un geste d'horreur et de frustration puis il disparaît sans un bruit, comme s'il n'avait jamais existé. Sans grondement, sans cri. Une absence.

Incrédules, les Trinités contemplent le corps d'Arthur glisser dans l'eau et doucement s'y enfoncer. Le temps reprend son cours, à contrecœur, actant la réalité de la situation. Philibert prend Arthur dans ses bras et lui murmure quelques mots. Autrefois assassin, clochard, épave humaine, c'est cette nuit un roi qui par cet acte a livré et remporté sa dernière bataille. L'atmosphère est lourde, amère et l'onde de choc des événements de la nuit progresse en chacun comme une lame de fond.

Dans un silence respecté même par les survivants du Cercle de Vienne qui forment assemblée autour du corps du Roi Arthur, la Dame du Lac réclame son dû. L’Épée de Feu est sauvée et Epinoia saisit d'une main Excalibur que Mickaël lui rend avec déférence. De l'autre, elle accueille la dépouille d'Arthur au front couronné de sang que lui restitue Philibert/Lancelot. Elle l'approche d'elle, avec douceur, brandissant haut le symbole de son combat, la Lame-Mère et recule dans les flots du lac. La brume s'épaissit à son passage et l'étreint, accompagnant en son tombeau le roi qui luttait pour la Lumière.