Détruire le Seigneur de Nox qui macérait dans son jus de Ténèbres ne fut pas la croisade à laquelle on pouvait s’attendre en s’opposant à un haut dignitaire du mal. Pas une guerre totale contre une armée, pas un duel échevelé face à un démon majeur. Plutôt une intrusion opportuniste et un coup adroitement placé à un vieillard en sursis. Ou un nourrisson sans défense.

C’est l’intuition des événements, les rencontres improbables, l’opiniâtreté dans la poursuite de pistes apparemment mineures qui ont conduit les Trinités sur le chemin du meurtre. Presque une formalité pour qui manie le savoir mortel de ceux qui voient, connectent les points, dévoilent la fresque que l’Histoire cèle depuis toujours.

Dans un contexte de guerre civile et ethnique, l'assaut du temple obscur de l'Ancien dans une mine gardée par des miliciens a permis de retrouver la trace d'une intriguante correspondance entre les dénommés Snorri, apparemment en quêtes des Colonies des Tehôns, et Quichotte dont tout porte à croire qu'il est un Archonte-Roi de la Harde du Rat. De nouvelles questions.

Emporté dans un titanesque glissement de terrain qui voit un large pan de montagne disparaître dans la jungle en une cataracte de roches et de boue, l’Ancien et son berceau ne sont plus. Epulu, l'étrange Trinité venue ici affronter son passé et embrasser son destin n'en réchappe pas. Quelques heures plus tard, une vague de violence balaie la région d’Ituri, conduisant les factions en présence, de provocations en assassinats isolés, à s’affronter ouvertement, ravageant les villages et les mines, interceptant les convois, massacrant toutes et tous dans un délire sanguinaire. En une journée, les villes les plus proches sont gagnées par l’exacerbation des tensions et des scènes de guerre prennent place à Beni, Bunia, Kasese, Goma avant de gagner Fort Portal, Kigali et Bujumbura. Les gouvernements congolais, rwandais, burundais et ougandais se dressent en 48 heures les uns contre les autres, criant à la trahison, s’accusant mutuellement d’attiser les haines raciales.

En une semaine, la zone est embrasée et les Nations Unis assistent, comme souvent, tétanisées, à un déferlement de barbarie qu’elles ne jugulent pas, faute de le comprendre. Pour une fois, la sidération de la communauté internationale n’est pas que le fruit de son incapacité à saisir les complexité de la situation locale et de sa tiédeur. Début avril, la Seconde Guerre du Congo a gagné dans le sang le privilège de voir son nom durablement inscrite dans l’histoire africaine comme un de ses plus infâmes épisodes.

Les Trinités quittent les lieux, conscientes d'avoir libéré le monde d'un mal profond, impuissantes à juguler les contrecoups de cette déflagration de ténèbres dans le coeur des hommes.

Lyon, Le Caire, Prague. La lutte continue.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_du_Congo